François Meyer

François Meyer

François Meyer est né en 1965, docteur ès sciences, ingénieur de recherche, il dirige le Laboratoire Temps et Fréquences de Besançon, et le service chronométrique de l’Observatoire de Besançon (Observatoire des Sciences de l’Univers THETA). fm@obs-besancon.fr

Mesure du Temps
Faut-il supprimer la seconde intercalaire ?

30 juin 2015, temps universel :

23 heures 59 minutes 58 secondes
23 heures 59 minutes 59 secondes
23 heures 59 minutes 60 secondes
00 heure 00 minutes 00 secondes.

Ce « 29 février » des secondes existe très officiellement.

La seconde dite «intercalaire» (sorte de seconde «bissextile»  dont un exemplaire est passé dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 2015) est, comme le 29 février, une concession nécessaire à la cohabitation de deux systèmes de repérage dans le temps obéissant à deux maîtres différents.

29 février, fils du jour et de l’année

Deux cycles cadencent la vie de la planète et l’activité sociale de l’humanité : l’alternance jour-nuit et celle des saisons ; les «29 février» avec lesquels nous sommes familiarisés, trouvent leur nécessité d’une part dans la volonté de fixer le calendrier par rapport aux saisons et d’autre part dans l’incommensurabilité des deux cycles jour et année.

La première impose la fixité du calendrier, de la numérotation des jours, par rapport aux cycles solaires tandis que la deuxième objecte qu’il y a 365,2422 jours dans une année. Respecter la réalité astronomique impose donc au calendrier soucieux de cohérence de compter 3.652.422 jours en cent siècles, d’où les règles des années bissextiles du calendrier grégorien : sont bissextiles les millésimes divisibles par 4, sauf s’ils sont divisibles par 100 et pas par 400 : l’année 2000 était bissextile en tant que multiple de 400. L’année grégorienne compte donc : 365 + 1/4 - 1/100 + 1/400 = 365,2425 jours et ne s’écarte donc de la «législation» astronomique que d’un jour tous les 3000 ans environ. L’année du calendrier julien qui prévalait jusqu’à la réforme grégorienne, avait une année moyenne de 365,25 jours et produisait 1 jour d’erreur tous les 125 ans.

Cette incommensurabilité année/jour n’est pas un accident, elle est naturelle en ce qu’elle émerge de deux phénomènes distincts (la rotation de la terre sur elle-même, et sa révolution autour du soleil) qui ne sont que marginalement corrélés du point de vue physique. Un hiatus de même nature mais plus fondamental dans son essence est à l’origine des secondes intercalaires.

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